28.06.2009

Logement pour les jeunes à Châlons et dans l’agglomération : Une galère de plus !

image logement des jeunes.jpgPar Alain GOZE

La délibération

A partir d’une étude, réalisée par un cabinet professionnel, (Guy Taïeb conseil – Orgeco ), intitulée : « Mission d’aide à l’élaboration d’un programme d’actions pour le logement des jeunes sur l’agglomération »,  BBB a fait délibérer le conseil municipal le 3 juin dernier sur ses proposions d’actions qui se résument pour le logement des jeunes à  la création d’une Résidence Etudiante CROUS et à  la mise en place d’une plate-forme centralisée d‘accueil et d’information sur le logement des jeunes.

Il a introduit également dans cette délibération deux autres propositions qui sont sans rapport avec la problématique du logement des jeunes et qui concernent le secteur des loisirs et du tourisme.

L’une concerne « la fin de vie » de l’Auberge de Jeunesse  dans la mesure où il se refuse à reconstruire cet équipement et préfère faire labelliser des chambres dans des meublés des résidences étudiantes au sein de la ville. Ce qui est en réalité une manière détournée de régler
des « comptes » politiques avec l’équipe dirigeante de l’Auberge de Jeunesse.

L’autre proposition a pour objet, au motif de renforcer l’attractivité de l’agglomération vis à vis des jeunes champardennais , de  diversifier l’offre d’hôtellerie de plein air du camping municipal en proposant de confier la gestion du camping à un prestataire privé. Ce qui consiste tout simplement à se débarrasser de la gestion du camping municipal, via une délégation de service public.

L’étude sur le logement des jeunes a été réalisée comme le souligne le cabinet d’étude, dans un contexte de territoire urbain et industriel peu dynamique, de territoire en déclin démographique depuis les années 1999 et où le pôle emploi a des gains limités depuis 1999, de  territoire que les jeunes très qualifiés et qualifiés quittent.

L’état des lieux dressé par le cabinet d’étude fait ressortir globalement une offre locative sociale pour les jeunes sur un parc de logement «  peu tendu », important mais très souvent inadapté.

L'insuffisance des propositions

Lorsque l’on compare les propositions de BBB par rapport à l’ensemble des besoins repérés, je suis amené à constater une fois de plus le décalage et l’inadaptation de celles-ci.

L’étude cible quatre publics, les jeunes actifs, les jeunes étudiants, les jeunes en difficultés économiques et sociales, les jeunes de passage (j’écarte volontairement de mon analyse les jeunes de passage qui sont ciblés uniquement pour justifier les mesures qui ne concernent pas le logement des jeunes).

Elle démontre que les jeunes actifs, une population avec revenus, qui se tournent vers le parc social et privé (population difficilement quantifiable  par manque d’indicateurs récents), rencontrent des difficultés pour se loger face à une offre de logements inadaptée (logements en mauvais état, vétusté, coût élevé au regard de la qualité).

Pour ces jeunes actifs l’offre provient principalement des casernes militaires et de logement SNI pour les militaires, du Foyer de Jeunes Travailleurs (F.J.T.), de la résidence privée des Launes.

Pour les jeunes étudiants, une population de 1600 jeunes environ (chiffre qui n‘intègre pas les jeunes en formation professionnelle d’apprentis qui sont environ 2000)  et dont la présence est discontinue sur le territoire, l’étude souligne une offre de logements dédiée quantitativement importante mais inadaptée pour partie.

Pour ce public étudiant l’offre provient, de la résidence étudiante de l’Effort Rémois, de la résidence étudiante de l’EMSAM, des internats des lycées, de l’internat du CFA, du F.J.T, de la résidence privée des Launes (qui ne peut répondre à la demande avec des loyers élevés).

Il est précisé que pour ce public les bailleurs sociaux n’ont pas de politique particulière et que les logements, inadaptés à la vie étudiante, sont peu accessibles en fonction de leurs revenus et des cautions exigées.

Enfin, pour les jeunes en difficultés économiques et sociales (sans ou très peu de ressources) qui représentent environ plus de 2150 jeunes, l’offre de logements est insuffisante en quantité et en qualité.

L’offre pour ces jeunes qui ont besoin d’être accompagnés et suivis pour l’accès et le maintien dans un logement par des structures spécialisées, provient du F.J.T (qui est en grande difficulté), du Comité Local pour le Logement Autonome des Jeunes (C.L.L.A.J, qui va disparaître) et du CCAS pour certains hébergements d’urgence sociale.

Les propositions de BBB en réponse au diagnostic dressé par le cabinet d’étude ne sont donc pas à la mesure des enjeux d’insertion sociale et professionnelle des jeunes et de développement  territorial qui nous sont posés.

L’absence de réponse aux besoins de certains publics s’avère même très inquiétante et témoigne à mon sens d’une absence réelle de volonté politique d’élaborer un programme global d’actions pour le logement des jeunes au sein de l’agglomération.

En effet, si la proposition de créer une Résidence Etudiante CROUS de 80 logements pour les étudiants peut éventuellement se concevoir, bien que Châlons ne soit pas une ville étudiante (pas d’université) mais une ville d’IUT, qu'en est-il des propositions pour les autres publics jeunes ciblés par l’étude ?

 

Les questions que ne résout pas la délibération

Quelles propositions pour les besoins des jeunes en formation et/où en insertion professionnelle qui sont de plus mobiles ?

Quelles propositions pour une offre de logements de qualité suffisante et diversifiée dans l’agglomération pour les jeunes actifs, pour les jeunes ménages en début de parcours autonome ?

Quelles propositions pour une offre de logements adaptée aux besoins des jeunes en difficulté économiques et sociales ?

Quelles propositions pour accompagner les jeunes en difficulté à l’accès à un logement autonome ?

L’étude dégage quelques pistes de réflexions et certaines propositions pour répondre à ces questions.

BBB ne les a pas reprises dans le programme d’actions qu’il a fait voter au conseil municipal, en dehors de la plate forme d’information pour connaître les disponibilités d’offre de logements sur le territoire, d’accompagnement et de conseil, sorte de « guichet unique » pour les jeunes et la Résidence Etudiante CROUS.

Pourquoi n’a-t-il pas mobilisé l’ensemble des bailleurs sociaux pour mettre en œuvre un programme spécifique de logements pour tous les publics jeunes ciblés ?

Pourquoi n’a-t-il pas engagé de démarches pour revisiter le programme habitat élaboré par la CAC  qui ne prévoit pas d’actions particulières pour le logement des jeunes ?

Pourquoi n’a-t-il pas prévu d’initier un programme d’actions avec d’autres partenaires publics ?
avec la Région qui traite dans ses compétences des jeunes lycéens et des jeunes étudiants, avec le Conseil Général qui gère les fonds publics à destination du logement social pour les jeunes et qui a mis en place un programme habitat dans le département.

Pourquoi attend-il depuis plusieurs années d’accélérer le projet de restructuration du Foyer de Jeunes Travailleurs en résidence sociale alors que celui-ci connaît de graves difficultés de fonctionnement qui menacent à terme son existence ?

Pourquoi n’a-t-il pas doté le CCLAJ de moyens suffisants pour faire face à sa mission d’insertion et de réinsertion sociale des jeunes par le logement, alors que nous savons que ce type d’intermédiaire social est indispensable pour relayer et accompagner la politique publique du logement des jeunes en difficultés économiques et sociales ?

Nous aurons peut-être des réponses à ces questions prochainement avec le nouveau Secrétaire d’ Etat au Logement et à l’Urbanisme, Benoist Apparu.

Lui, qui dans le mandat municipal précédent, en tant qu’adjoint chargé de la jeunesse à Châlons, a été incapable de mettre en place une véritable politique d’insertion sociale et professionnelle en direction des jeunes.

Lui, qui tout récemment n’a pas su développer un argumentaire de fond en réponse aux questions et critiques que je formulais sur les propositions de BBB à propos du logement des jeunes lors du dernier conseil municipal, me traitant même de personnage « pathétique ».

J’espère que cette nouvelle fonction ministérielle l’amènera à avoir un nouveau regard et un peu plus de considération sur les problématiques du logement des jeunes en particulier.

Car, il serait plus que pathétique de voir sur notre territoire de nouveaux ghettos d’exclusion sociale avec les tentes des « Enfants de Don Quichotte » comme réponse à la galère de certains jeunes pour se loger !