01.12.2009
Les Journées Nationales d’Ingénieurs Sans Frontières
Par Damien LANDINI
Ingénieurs Sans Frontières (ISF) est une association de Solidarité Internationale créée en 1982 à l’Ecole des Mines.
Comptant plus de 900 membres, notamment ingénieurs et élèves ingénieurs, ISF se répartit dans 34 groupes locaux à travers la France et une coordination nationale à Paris.
ISF définit son projet associatif avec pour finalité la lutte pour un exercice harmonieux des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au niveau mondial. ISF s’engage à favoriser le développement durable et l’égalité des droits entre les populations en se questionnant bien évidemment sur le rôle et les pratiques des ingénieurs, pour que la technique soit pensée et placée au service de l’Homme et de la planète.
Les Journées Nationales d’Ingénieurs Sans Frontières sont le plus grand événement annuel de la fédération, depuis la première édition en 1985. S’étalant sur un week-end, les Journées Nationales s’articulent autour d’un thème lié à la solidarité internationale, qui sera cette année
la « Gestion de l'eau et de l'assainissement : le Sud a-t-il besoin de ses ingénieurs ? »
Elles se dérouleront cette année les 5 et 6 décembre 2009 à Troyes (UTT)
Pour tous renseignements, consultez les sites Ingénieurs Sans Frontières : www.isf-troyes.org et www.isf-france.org
Bolloré, Total et EDF élus cancres du développement durable
Par Sabine SCHEPENS
Chaque année, l’organisation internationale des Amis de la Terre organise les prix Pinocchio du développement durable dans l’optique de pointer du doigt les entreprises et les multinationales "françaises" les plus néfastes d’un point de vue social et environnemental.
"Vainqueur" de la catégorie « Droits humains », le groupe Bolloré pour son implication dans le traitement des employés de l’une de ses filiales, la Société camerounaise des Palmeraies (SOCAPALM). Gestionnaire de plusieurs plantations d’huile de palme, elle imposerait à ses ouvriers des conditions de travail et de logement jugées proches de l’esclavage selon certains journalistes qui se sont rendus sur place.
Dans la partie « Environnement », le groupe Total décroche la palme pour le dantesque projet Kashagan d’exploitation pétrolière au Kazakhstan.
Dédiée aux campagnes de communication fallacieuses lancées par certaines entreprises soucieuses de redorer leur image auprès des consommateurs.
La catégorie « Greenwashing » octroie la première place à EDF pour sa vaste campagne de communication « Changer d’énergie ensemble », qui aurait coûté au groupe plus que le montant alloué par EDF à la recherche et au développement des énergies renouvelables.
Pour plus d’information : http://www.prix-pinocchio.org.
Un lien sur le thème sur le site www.durable.com
30.11.2009
QUE VA-T-IL SE PASSER A COPENHAGUE ?
Par Marie-Pierre BARRIERE
Du 7 au 18 décembre prochain, aura lieu un événement crucial pour l’avenir de notre planète : le sommet de Copenhague. Ce sommet doit réunir les pays signataires de la Convention-cadre des Nations-Unies afin de reprendre les discussions et de renégocier un accord international sur le climat qui remplacera le protocole de Kyoto ouvert à ratification en 98, ratifié depuis par 172 pays et entré en vigueur en 2005. Il doit donc permettre à l’ensemble de la communauté internationale de s’accorder sur la réduction de la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre qui génèrent le réchauffement climatique.
Il est urgent d’agir
Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) fondé en 1988 est formel : le réchauffement climatique est causé par l’activité humaine et est à l’origine lui-même de désordres écologiques considérables. Pour ne citer qu’un exemple, un récent rapport du PAM (programme alimentaire mondial des Nations Unies) « Climate change and risk for hunger » expose les conséquences du changement climatiques en terme de production agricole : le rendement des grains les plus utilisés (blé, riz, maïs) devrait chuter de 9 à 11 % engendrant une inflexion de la production mondiale de 25 à 50% et une augmentation de la faim dans le monde de 10 à 60% faisant passer de un milliard à 1,1 voire 1,6 milliard le nombres d’êtres humains en situation de faim. La malnutrition des enfants pourrait progresser de 21% d’ici à 2050. Conclusion : il ne peut y avoir de sécurité alimentaire sans sécurité climatique.
Même si à l’académie française des sciences le récent refus de trancher la question de la responsabilité du CO2 sur le réchauffement vient nuancer quelque peu l’opinion des scientifiques du GIEC, tous les scientifiques s’accordent à dire que le CO2 est dangereux pour l’environnement, ne serait-ce que par rapport à la question de la hausse du niveau des mers.
« L’effort à accomplir est incontournable, comme le précise la déclaration conjointe des députés d’Europe Ecologie, les pays industrialisés doivent modifier radicalement leurs façons de produire et de consommer et, chaque année, mobiliser plus de cent milliards d’euros de financement pour permettre à des milliards de personnes de faire face au défi climatique. Somme toute, ce n’est qu’une petite partie de ce que les pays riches ont réuni pour endiguer leur crise financière. »
La préparation de ce sommet
Cela fait deux ans que des négociations sont en cours. La dernière rencontre préparatoire au sommet a eu lieu début novembre à Barcelone.
87 pays ont annoncé leur participation à ce jour. Les chefs d’Etat n’y sont normalement conviés que les 17 et 18 décembre pour la clôture des négociations, les préparatifs de l’accord étant à la charge des représentants de gouvernements de chacun des pays. Barack Obama a, quant à lui, annoncé récemment sa venue le 9/12 au sommet dans le prolongement de la remise du Prix Nobel de la Paix à Oslo.
Les représentants des gouvernements doivent se rendre sur place munis d’engagements chiffrés votés par leurs congrès respectifs. « Pour limiter la hausse des températures à 2°C, les pays développés devraient, selon le GIEC, réduire de 25 % à 40 % leurs émissions d'ici à 2020. Dans le même temps, les pays en développement devront infléchir la trajectoire de leurs émissions de 15 % à 30 %. Et cela sans compter les réductions d'émissions obtenues grâce à la lutte contre la déforestation ».
Depuis septembre, l’Indonésie, le Brésil et récemment la Chine ont annoncé des chiffres mais, d’une part la faiblesse de l’engagement pris par les Etats-Unis (17% de réduction par rapport à 2005 et non à 1990 prévus pour 2020) handicape fortement la réussite des négociations. D’autre part, comme le mentionne Arnaud Gossement, climatologue, porte-parole de France Nature Environnement, le terme de « réduction » est flou et n’indique en rien précisément la nature de l’opération (réduction à la source, enfouissement, compensation). Néanmoins, la participation de ces pays constitue une avancée intéressante car le G77 des pays en voie de développement ainsi que la Chine se tenaient jusque là à l’écart des négociations, estimant que les pays industrialisés devaient seuls assumer les conséquences contraignantes au nom de leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique. L’Inde marquant le pas à la Chine, devrait elle aussi franchir le pas dans les prochains jours.
Et l’Europe ?
Face à la tiédeur américaine, la réussite de ce sommet dépend en grande partie de son investissement. Son engagement avait été clair dès décembre 2008 avec le paquet énergie climat, plan d'action visant à mettre en place une politique commune de l'énergie grâce à laquelle l'UE pourrait atteindre d'ici 2020 l'objectif ambitieux des "3 fois 20" : une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre, une amélioration de 20% de l'efficacité énergétique et une part de 20% d'énergies renouvelables dans sa consommation d'énergie. Mais le chiffre est insuffisant : en effet, en poursuivant sur la lancée de ce programme, elle ne parviendra pas à freiner la hausse des températures en deçà de 4°.
Elle a rendu sa copie mercredi dernier sous la forme d’une résolution assez complète exposant des engagements de réduction accompagnés de propositions de financements, des exigences de coopération technologique, des propositions techniques sur le marché mondial du carbone et la dégradation des ressources naturelles… Cette déclaration européenne réjouit apparemment les députés européens d’Europe Ecologie qui partagent bon nombre de ses constats.
Eu égard au caractère notoirement décisif de l’UE lors des prochains débats, la stratégie de Nicolas Sarkozy et de Jean-Louis Borloo est fortement critiquée. Le premier est en négociations depuis des mois avec Lula le président brésilien. L’accord auquel ils ont ensemble abouti est dénoncé par certains comme peu engageant en terme d’objectifs et de financements et ne serait qu’une occasion pour N. Sarkozy de faire sa promotion en entamant ces jours-ci un tour du monde du climat passant par Manaus et La Trinité et Tobago ; Jean-Louis Borloo, lui, voyage en Afrique et en Asie du sud-est pour faire aboutir un plan « Justice climat » destiné à mettre en place une solidarité écologique entre pays riches et pays pauvres. Ce mode de négociation unilatérale avec des pays en voie de développement, s’il peut permettre d’accélérer des prises de conscience et d’associer des pays jusque là peu concernés, ne fait pas l’unanimité. En effet, selon des observateurs comme Florent Baarsch, membre d’une ONG internationale, la Global Coalition for Climate Action, « il est vraiment temps (NDLA : pour la France qui fait cavalier seul) de revenir de manière assidue à la table des négociations en vue de trouver d’une part un accord ambitieux avec les pays européens, puis après de montrer une position forte au reste du Monde. » En effet, il rappelle que lors du dernier sommet européen, les pays de l’est ont refusé de financer l’adaptation au changement climatique. Pour Arnaud Gossement, au contraire, tout ce qui fait avancer la cause du climat est bon à prendre et il se demande même si le plan B Justice et Climat de Borloo (qui comporte un volet financement intéressant par la taxation des transactions financières et dont la stratégie procède d’un mouvement ascendant des pays pauvres vers un accord global contrairement à tous les protocoles jusqu’ici élaborés) ne pourrait pas remplacer avantageusement un plan A Copenhague qui aurait échoué.
Les conditions de la réussite du sommet
De nombreux commentateurs s’interrogent sur les chances de réussite de ce sommet. Un sondage effectué la semaine dernière pour le Nouvel Observateur indique également que 32% des français sont sceptiques « envers la possibilité d’un engagement commun des pays industrialisés à réduire leurs émissions et à apporter un soutien aux pays en développement pour les aider à lutter contre le réchauffement climatique ». Le pessimisme des français interrogés s’accroit d’ailleurs avec leur niveau d’études.
Florent Baarsch dans un entretien accordé à l’Express, se dit persuadé que seul Obama peut garantir des avancées significatives tout en rappelant que sa marge de manœuvre est extrêmement limitée, tenu qu’il est par les lobbies et le congrès américains. « Quel que soit l'engagement qu'il prendra, le président américain sera pointé du doigt pour son faible engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre, ou, au contraire, chez lui pour avoir trop impliqué son pays. Il va falloir qu'il trouve un juste milieu dans sa prise de risques. »
Sa rencontre avec Hun Jintao à Pékin le 17 novembre dernier a été suivie d’effets puisque la Chine a annoncé qu'elle réduirait l'intensité en carbone de sa croissance économique de 40 % à 45 % d'ici à 2020 par rapport à 2005 alors qu’elle a déjà pris le leadership mondial en matière d’énergies renouvelables. «Même s'ils sont plus nombreux, les Chinois partent de plus bas car ils émettent 4,4 tonnes de CO2 par habitant et par an, contre 23 tonnes pour les Américains et 12 pour les Européens. Sachant que l’objectif est d’atteindre 2 tonnes par habitant et par an.», indique Arnaud Gossement.
Il est indéniable que le tandem constitué par ces deux puissances pèsera lourd dans la balance, bien plus que les gesticulations de Nicolas Sarkozy dont les récentes critiques de l’agenda d’Obama ressemblent encore fortement à une opération de communication.
Les avancées significatives
Ce sommet ne sera vraisemblablement qu’un début, ce qui ne déçoit pas Hervé le Treut, climatologue français membre du GIEC. «C’est un processus qui doit continuer sur le long terme, on ne va pas prendre toutes les décisions d’un coup.» Il se félicite d’avoir vu, au fil des années, ces réunions «se convertir en un moment de vigilance collective, mondiale, au-delà des négociations».
Un simple accord politique devrait être défini alors qu’une réussite complète passerait par l’élaboration d’un accord juridiquement contraignant accompagné d’un protocole de réalisation continue afin d’éviter ce qu’Arnaud Gossement nomme « une négociation par spasmes », discontinue, telle qu’on l’a connue depuis les accords de Kyoto.
Trois éléments sont à prendre en compte pour mesurer la réussite effective du sommet :
1) Le financement de l’adaptation des pays en voie de développement au changement climatique est un point d’achoppement fort des négociations (« No money, no deal » pour le G77). Seule l’Europe a jusqu’ici accepté de se pencher sur ce problème tout en refusant de chiffrer tant que Washington ne se prononce pas. Selon les ONG, il faudrait 150 milliards de dollars par an. La question n’est pas seulement technique mais politique car elle suppose un droit de regard international et la création d’un organisme de gestion des fonds.
2) La mise en place d’une instance mondiale de régulation que l’on pourrait nommer l’OME (Organisation Mondiale du Climat) selon le vœu de N. Sarkozy et qui aurait pour fonction de chapeauter le processus et de rappeler aux instances nationales leurs engagements. Or, les cultures diffèrent en la matière, les Etats-Unis y seraient favorables tandis que la Chine crie à l’ingérence.
3) La reconnaissance de la nécessaire participation de la société civile dans le processus. Actuellement la résolution du problème est uniquement prise en charge par les exécutifs nationaux, il serait nécessaire selon Arnaud Gossement, d’y associer les ONG, les scientifiques, la société civile et les élus parlementaires, toutes ces instances de représentation qu’il nomme « les corps intermédiaires ». La question est en fait celle du mode de gouvernance qui doit obligatoirement s’ouvrir dans la perspective d’une démocratie écologique et mondiale pour que le climat ne soit pas seulement une affaire de chiffres. « Le défi est démocratique. Soit les citoyens de ce monde entendent être traités en adultes, soit ils remettent leur avenir entre les mains de quelques hommes et femmes qui n'ont pas été élus pour sauver le monde. Sans implication citoyenne, nos élus ne seront jamais en mesure d'avancer : la responsabilité devient collective. »
La vigilance citoyenne à ce propos est essentielle pour signifier aux dirigeants de tous pays la mobilisation de l’opinion publique internationale. L’ultimatum climatique lancé en Europe par 11 ONG et la campagne internationale du WWF « Votez pour la planète », sont là comme le dit Frédéric Badina dans son très bel article De la citoyenneté à l’écologie pour nous rappeler qu’« aujourd’hui, c’est l’un des principaux messages que véhiculent le développement durable et l’écologie : l’Homme au cœur des processus de choix économiques, institutionnels et sociaux par le biais de la participation, dans le cadre de la construction d’une Société Rêvée. » Si le sommet de Copenhague pouvait consolider la position du militant écologiste en engageant un nombre important de citoyens à prendre leur part dans le débat, il n’aurait pas été un sommet perdu pour la démocratie mondiale qui est l’affaire de tous !
01.06.2009
Agenda 21 : jusqu’où BBB retiendra-t-il les idées de la Nouvelle Force ?
par Bruno Malthet
Le 28 mai, les conseils communautaire et municipal de Châlons-en-Champagne étaient invités à se prononcer à peu près sur les mêmes sujets, à savoir la suite à donner au 150 fiches issues du Grenelle local de l’environnement (GLE) et la mise en œuvre d’un agenda 21.
Le conseil communautaire avait à son menu deux délibérations, le conseil municipal une seule. L’écart provenait de ce que, du côté ville, l’agenda 21 n’était aucunement développé et qu’il se trouvait réduit qu’à une simple ligne dans la délibération relative au GLE.
Les élus municipaux ne siégeant pas au conseil communautaire ou n’ayant pas eu la curiosité d’assister à l’autre assemblée n’avaient donc pas connaissance des propos assez surprenants tenus par M. Apparu sur le rôle très réducteur qu’il attribuait à un Agenda 21.
Lors du conseil communautaire, M. Apparu a insisté sur le fait que l’Agenda 21 ne serait qu’un « simple débouché administratif » qui offrirait « un cadre de référence pour le financement » des actions du Grenelle local de l’environnement. Bref, pour faire simple, une pompe à fric. Quant au pilier social de l’Agenda 21, totalement absent du projet de délibération communautaire, il a fallu l’intervention en séance de Alain Biaux, maire de Fagnières, pour le rappeler.
Lors du conseil municipal, sans l’intervention d’Alain Goze, l’Agenda 21 serait passé totalement aux oubliettes. A en croire M. Apparu, cette intervention d’Alain Goze aurait été un « un cours de droit administratif » tout aussi inutile que rasoir, sans doute parce que les élus municipaux maîtrisaient parfaitement bien le concept d’Agenda 21. Ce qui manifestement, bien que ce ne fut pas dit, n’était absolument pas le cas des élus communautaires à qui on avait cru devoir présenter une délibération leur exposant succinctement sur deux pages ce qu’était un Agenda 21.
Mais la rage de M. Apparu envers Alain Goze venait de ce que M. le député n’avait manifestement pas apprécié que son opposant lui rappelle les deux citations précédentes et apporte à l’assemblée communale son expertise sur ce qu’est réellement un Agenda 21. Pourtant, il faut bien le reconnaître, bien peu d’élus et de citoyens le connaissent et encore moins le maîtrisent.
L’intervention d’Alain Goze fut toutefois loin d’être inutile et ne saurait être réduite à ce que l’Union en rapporta le 29 mai (cf., sur le site www.catalaunien.net cet article et la réaction de l'association Nouvelle Catalaunie à la date du 30 mai 2009). Le maire a en effet, au moins implicitement, donné tort à son bouillant dauphin et, par ricochet, raison à Alain Goze en proposant de modifier substantiellement la délibération pour tenir compte de ses remarques.
Alors que le projet de délibération prévoyait de créer un comité de suivi du GLE distinct de celui de la communauté d’agglomération, le maire a proposé que la ville « décide la mise en place d’un comité de suivi commun avec la CAC ». Quant à l’Agenda 21, pour lequel le projet ne prévoyait qu’un simple engagement à participer à celui de la CAC, la modification présentée prévoit désormais que « la ville participera à l’Agenda 21 dont la CAC est chef de file ».
La ville disposera donc d’un véritable Agenda 21 qui sera un sous-ensemble de celui de la CAC et dont les modalités, comme Alain Goze l’a fait préciser au maire, seront définies ultérieurement en conseil municipal, ce que le projet de délibération initial ne prévoyait absolument pas.
Comme le rappela Alain Goze, l’Agenda 21 est un outil devant servir pour un « vrai projet politique au niveau du territoire » qui n’est ni de gauche, ni de droite, même si, dans l’Union du 28 mai, la section locale du PS s’est prononcée contre cet outil. Ce positionnement est d’autant plus curieux que l’Agenda 21 figurait dans le programme municipal de cette formation (comme, au demeurant, dans celui de la Nouvelle Force), contrairement à celui de Bruno Bourg-Broc. Mais la morale est sauve : l’élue PS présente a en effet voté la délibération que son leader vilipendait la veille.
Il reste maintenant à vérifier si l’Agenda 21 sera effectivement au service d’un tel vrai projet ou bien, comme le voulait M. Apparu, un simple cadre administratif destiné à aller chercher des financements nationaux ou européens.
Il appartiendra à La Nouvelle Force de veiller à ce que ce qui fut chassé par la porte ne revienne pas par la fenêtre lorsque le conseil municipal aura à se prononcer, comme le maire s’y est engagé, sur les modalités de mise en œuvre de l’agenda 21.
30.04.2009
COMPTE RENDU DU DEBAT PUBLIC SUR L'AGENDA 21 LOCAL
Le 14 avril dernier La Nouvelle Force organisait un débat public à la Salle de Malte sur le thème de l’Agenda 21. En effet, il nous est apparu depuis l’origine du Grenelle local de l’environnement à Châlons, que la démarche engagée par la Municipalité serait insuffisante si elle n’était pas transformée ou prolongée par la mise en place d’un tel Agenda. Hasard du calendrier, le même jour se tenait à la médiathèque Pompidou, la réunion de bilan du Grenelle lors de laquelle Bruno Bourg Broc a annoncé la décision d’entrer dans la réalisation de cet Agenda…
Les intervenants et la présentation
Le débat a été particulièrement intéressant grâce aux interventions complémentaires de R. Joannesse, adjoint Vert au maire de Reims, de Denis Quéva, ancien responsable à Auxerre chargé du service quartiers, jeunesse et citoyenneté et à la présence comme grand témoin de Bernard Christophe, économiste, professeur à l’Université Jules Verne d’Amiens qui participe au suivi de l’Agenda 21 de l’Oise.
Un diaporama présentait d’abord de façon claire et synthétique la démarche de l’agenda 21 local directement calquée sur l’Agenda 21 (ou plan d'action pour le XXIème siècle) défini à la Conférence de Rio en 1992. Cette conférence internationale sur l'urgence du développement durable de la planète faisait déjà des collectivités territoriales les acteurs clés de ce développement reposant sur les trois piliers indissociables de l’économie, du social et de l’environnemental.
La parole a ensuite été donnée aux deux intervenants qui ont répondu à plusieurs séries de questions suivant le déroulement chronologique de la mise en place de l’Agenda 21 local.
Le choix d’entrer dans la démarche
A Reims, la nouvelle équipe s’est appuyée sur les gestes déjà mis en place de façon autonome par les services pour les prolonger en une véritable politique cohérente voulue par la ville.
A Auxerre, la municipalité de Gauche plurielle arrivée aux affaires en 2001 et constituée de plusieurs élus Verts a spontanément retenu l’idée d’un Agenda 21 et s’est fondée quant à elle sur une bonne appropriation du dispositif de démocratie de proximité dès le début du mandat : les habitants ont vite fait confiance car le lien s’est instauré de manière naturelle dans les conseils de quartiers.
L’étape du diagnostic
D. Quéva insiste sur la difficulté de cette étape dont l’enjeu est essentiel car il permet de multiplier les regards sur la ville et de croiser les logiques complémentaires. « Il faut faire admettre aux services que les problèmes des habitants sont réels et que les caractéristiques du territoire ne sont pas seulement affaire de géographes ou d’urbanistes. »
R. Joannesse, quant à lui, met en exergue la nécessité que ce soit le maire lui-même qui porte le message pour la crédibilité de la démarche. Il est indispensable d’inclure tout le monde dans le diagnostic (architectes, services, personnes qui s’occupent de lieux de vie, espaces verts, structures sportives…), de comprendre ce qu’est la ville aujourd’hui pour savoir ce que les habitants veulent en faire demain.
A une question du professeur Christophe sur le sujet, R. Joannesse explique que le diagnostic est organisé à Reims par les services de la mairie tandis qu’à Auxerre, Denis Quéva mentionne qu'il a été fait appel à une association fortement impliquée dans les démarches environnementales qui a chargé deux consultants d’intervenir sur la stratégie méthodologique mais pas sur le contenu. Pour les deux villes, le diagnostic dure 10 à 12 mois.
L’étape de la mise en place et de l’évaluation
A Auxerre, la méthodologie a évolué au fil du temps : entre celle du départ définie par le cabinet et celle de l’arrivée, il a fallu se délester d’un certain nombre d’indicateurs (de 100, on est passé à 20) qui sont fastidieux à formuler, à mesurer puis à analyser. La démarche est en fait devenue plus pragmatique qu’idéologique. L’idée étant de rester participatif jusqu’au bout, il ne faut pas que la démarche tourne à l’ « usine à gaz », il convient donc de privilégier le contenu sur les outils. Pour la mise en place de l’Agenda constitué à l’issue du diagnostic de 86 projets, la ville a nommé un chargé de mission et un secrétariat à temps complet subventionnés par les fonds de la ville et les aides du ministère du Développement Durable. Ce binôme a été fortement appuyé par le directeur des services techniques qui a su alléger la méthodologie pour ne pas assécher le contenu.
Les projets retenus par la ville d'Auxerre peuvent être classés dans 5 catégories :
- mobilité et diversité des modes de déplacements
- évolution de la population entre équilibre et intégration, enjeu de cohésion sociale car la ville est constituée de 5 ZUP
- ressources du territoire et qualité de vie, réconcilier Auxerre et son environnement
- aménager, développer des pôles d’activités et les articuler avec les ressources locales
- pérenniser la démarche de développement durable
R. Joannesse fait alors remarquer la nécessité d’inclure les services dans la démarche de l’Agenda 21. A Reims, on avait initialement augmenté les effectifs du service en charge du développement durable pour remarquer qu’il était bien plus efficace qu’il y ait un délégué-correspondant durable dans chaque direction. Il faut stimuler et impliquer les services aux buts politiques de la collectivité.
A une question du professeur Christophe sur le problème du périmètre d’action et des compétences séparées entre les collectivités, R. Joannesse répond qu’on peut discuter avec les autres et agir de concert sur certains projets. Par exemple, Reims Métropole crée un label HQE qui va pouvoir être utilisé par d’autres collectivités qui n’ont pas les mêmes moyens.
A Auxerre, une grande partie de l’économie de la ville est à l’extérieur mais les choses changent depuis que le maire est devenu Président de la Communauté de communes. Pour articuler l’Agenda 21 et la deuxième version du Grenelle de l’Environnement ainsi que les plans climats locaux, il faut sortir du cadre du territoire. La population est finalement consciente de l’artificialité des limites. La dynamique à l’œuvre dans la ville centre permet de dépasser les égoïsmes des communes de l’arrondissement.
Les questions
La phase suivante du débat a permis aux participants au nombre d’une trentaine de poser leurs questions aux intervenants :
sur l’implication des objectifs de l’Agenda 21 dans le PLU,
sur l’articulation de la politique municipale et du Plan Climat Régional,
sur la possibilité d’un financement européen, sur l’implication des habitants des quartiers,
sur le rapport de l’Agenda 21 et des entreprises,
sur la crise comme frein au financement du Développement Durable,
sur la mise en cohérence de l’Agenda 21 et du Grenelle de l’Environnement National,
sur l’intégration de l’Agenda dans les services municipaux,
sur la proportion droite/gauche dans les municipalités qui ont choisi la démarche
sur la décroissance…
(compte-rendu à venir de cette partie de la réunion ...)
La synthèse
La synthèse des discussions a été ensuite brillamment réalisée par le professeur Christophe qui a mis en exergue 7 points d’attention pour une ville qui désirerait mettre en place un agenda 21.
Il commence par remarquer que les deux interventions révèlent la différence nette qu’il y a entre politique et technique dans le cadre de la mise en place de l’Agenda 21 qui comporte effectivement des aspects à la fois politiques et techniques à prendre en compte.
1) On ne peut mettre en place un Agenda 21 que s’il y a un rôle important des gens de la base. La représentation des associations notamment doit être très diverse (de la FNSEA aux Restau du cœur) pour obtenir l’aval des citoyens.
2) On ne peut mettre en place un Agenda 21 que s’il y a une mairie. Les services techniques doivent être dans la coup et pour la méthode, on peut se faire aider d’un cabinet extérieur ou observer ce qui se passe ailleurs.
3) Dans la mise en place de l’Agenda 21, il faut veiller à la cohérence des projets entre eux. Les projets sont souvent très divers mais derrière ce terme de projet que met-on réellement ? Du social, de l’environnemental, de l’économique… Attention, aux contradictions.
4) Dans la mise en place de l’Agenda 21, il faut veiller au périmètre concerné.
Périmètre administratif : quand le promoteur est une mairie, il faut qu’elle puisse se situer par rapport aux autres collectivités. Quel rôle la commune doit-elle jouer par rapport à l’Agenda 21 en relation avec ses compétences et ses attributions?
Périmètre de compétences : notamment par rapport au rôle de l’entreprise, la collectivité doit travailler sur les problèmes de transport collectif et c’est naturel puisque les entreprises payent des cotisations transport. Les entreprises ont leurs propres contraintes, les consommateurs ont aussi une influence ainsi que les questions de marketing.
5) Dans la mise en place de l’Agenda 21, la mairie doit donner l’exemple : elle est à la fois promoteur et bénéficiaire. Ce n’est pas si évident que cela ! Par exemple pour le verdissement des administrations, il y a des techniques proposées.
6) Dans la mise en place de l’Agenda 21, il ne faut pas négliger la dimension politique, veiller à la communication qui est importante en externe et en interne et définir clairement les indicateurs de moyens et d’objectifs.
7) Dans la mise en place de l’Agenda 21, il faut éviter la démagogie, prendre des décisions politiques, faire des choix difficiles qui ne consistent pas seulement à dire qu’on s’aime tous mais qui remettent en question le bien commun.
A 23h la réunion s’est achevée et les participants étaient satisfaits de la qualité de l’échange autant que les intervenants de celle des questions. L’Agenda 21, c’est parti à Châlons ! Nous sommes convaincus! Nous en serons !
Pour télécharger la déclaration de La Nouvelle Force distribuée à l'issue du débat:
08.04.2009
La Nouvelle Force vous invite
La Nouvelle Force propose sa contribution au Grenelle Local de l'environnement en organisant:
UN DEBAT PUBLIC
Mardi 14 avril prochain à 20 30 à la salle de MALTE
Ce débat portera sur le thème de l'Agenda 21 , outil privilégié pour les collectivités car il permet de mettre en place un plan d'actions sur le long terme pour le développement durable.
237 municipalités ont déjà fait ce choix en France. Pour quoi pas Châlons en Champagne?
Qu'est-ce qu'un Agenda 21 ? Quel est l'intérêt de s'inscrire précisément dans cette démarche?
Pour répondre à nos questions, trois intervenants issus de trois villes différentes qui mettent en place ou évaluent la première version de leur Agenda 21:
- Isabelle JACOB, adjointe au maire de Château-Thierry
- Raymond JOANESSE, adjoint au maire de Reims
- Denis QUEVA, ancien responsable de service à la ville d'Auxerre
La synthèse des débats sera assurée par le professeur Bernard CHRISTOPHE
Venez nombreux poser vos questions sur l'engagement des collectivités locales au service du développement durable qui est l'affaire de tous!

28.10.2008
Grenelle local de l'environnement: la Nouvelle Force se mobilise!

Aujourd'hui, le journal local L'Union a bien voulu répondre à notre sollicitation. Plusieurs membres de La Nouvelle Force ont rencontré à midi une journaliste afin de s'exprimer publiquement sur la mise en oeuvre du Grenelle local de l'environnement qui s'est ouvert la semaine dernière à Châlons en Champagne.
Nous tenions à affirmer deux idées fortes:
- la première, c'est que nous sommes favorables à une telle initiative qui fait progresser la cause du développement durable sur le territoire de notre ville et de sa communauté d'agglomération. Pour avoir mis cette préoccupation au centre de notre programme pour les dernières élections municipales en projetant d'ouvrir le "grand chantier de l'aménagement durable à Châlons", nous savons à quel point l'urgence est réelle en cette matière.
- la deuxième c'est que nous nous interrogeons de manière inquiète sur les modalités de mise en oeuvre de ce Grenelle local qui ne nous semble pas prendre le chemin d'une mobilisation collective et générale. Or, la consultation, la sensibilisation, la pédagogie nous paraissent des présupposés essentiels à toute démarche s'engageant sur le sujet du développement durable.
Nos interrogations viennent de constats assez simples:
- Pourquoi ni les élus municipaux, ni les élus communautaires n'ont été consultés sur la mise en oeuvre du Grenelle?
- Pourquoi les derniers conseils de quartiers n'ont-ils pas déjà créé les conditions d'une mobilisation des habitants de la ville?
- Pourquoi certaines instances comme les Centres Sociaux et Culturels, le CCAS, l'office des seniors n'ont-ils pas été sollicités?
- Pourquoi n'a-t-on pas essayé encore de fédérer les équipes scolaires et éducatives autour d'une recherche sur ce thème?
- Pourquoi n'a-t-on tiré aucun bilan de la charte environnementale rédigée par les élus communautaires et déjà mise en oeuvre à travers des réalisations ambitieuses au niveau de la CAC?
Nous savons que l'une des conditions principales de la réussite de la démarche passe par une prise de conscience collective de la nécessité de modifier certaines pratiques et certaines représentations pour faire face à notre responsabilité à l'égard des futures générations. Nous voulons donc dire, dans le cadre d'une opposition constructive, qu'une démarche comme celle qui est engagée à travers ce Grenelle doit nécessairement s'inscrire dans une perspective démocratique de débat public et de consultation large des habitants de notre territoire.
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