30.05.2009

Gens du voyage : de quel plan B parle-t-on ?

image caravanes.jpgPar Bruno MALTHET

 

 

La veille de l’ascension, 150 caravanes, accompagnées de motards de la police, envahissent un terrain privé de Fagnières. L’organisme logeur « L’Effort Rémois », qui doit réaliser un lotissement à cet endroit, venait d’y planter quelques 170 000 plantes et arbustes et, suite à l’occupation illégale de ce site par d’autres gens du voyage au 15 août dernier, de réaliser une tranchée tout autour.

L’accueil des gens du voyage transitant par la Marne est un véritable casse-tête, aucun terrain suffisamment grand n’étant aménagé pour accueillir ces transhumances qui, d’année en année, voient le nombre de caravanes les composant, augmenter. En avril dernier, une réunion en Préfecture, à laquelle participaient les villes de Châlons et de Fagnières, avait conclu à l’incapacité d’accueillir les 150 caravanes annoncées et aurait acté le principe de réaliser un plan B.

« Aurait » et non pas « avait » car, suite à l’arrivée des 150 caravanes, l’amnésie est de rigueur, si on en croit le débat houleux qui a agité le conseil communautaire du 27 mai et les précisions apportées à celui du lendemain. Si Alain Biaux, le maire de Fagnières, a bien entendu parler d’un plan B le 7 avril, Joëlle Vasseur, l’élue châlonnaise, ne s’en souvient pas et le compte-rendu de la réunion n’en dit pas un mot.

Bizarre ! D’autant plus bizarre que la Préfecture et la Ville de Châlons se rejette le mistigri et refuse de porter le chapeau de la décision ayant autorisé l’installation des 150 caravanes sur un terrain privé de Fagnières. La Préfecture aurait appelé la CAC puis, faute d’interlocuteur, l’adjointe de permanence à la ville de Châlons avant d’informer, très tardivement, le maire de Fagnières, de l’arrivée des caravanes sur sa commune.

Mais, du côté de la Préfecture, on nie avoir accordé « une autorisation officielle d’installation ». Qui pourrait en douter ? Personne. Car, si tel avait été le cas, il y aurait eu réquisition, ce qui n’a pas été le cas. Mais, si les mots ont un sens, et juridiquement ils en ont nécessairement un lorsqu’ils émanent de la Préfecture, y a-t-il eu cependant une autorisation officieuse, tacite ou implicite de s’installer sur un terrain privé ? Une autorisation de violer le droit de propriété que les autorités publiques ont la charge de faire respecter ?

Du côté de Châlons, l’élue concernée s’est souvenue, en conseil communautaire, avoir refusé l’installation des caravanes sur les terrains municipaux qui lui étaient présentés (stade Frison, parc des expo, notamment), mais s’est montrée beaucoup plus vague sur les propos qu’elle aurait tenue quant aux terrains proposés à son jugement sur Fagnières. Elle s’est cependant vaguement souvenue en avoir jugé deux inappropriés (l’hippodrome et le Mont-Choisy appartenant à la Châlons). Quant au terrain envahi, ajouta-t-elle pour couper court à la polémique, elle en ignorait totalement l’existence jusqu’à ce que cette lamentable affaire n’éclate.

Du côté de Fagnières, le maire a été prévenu lorsque le choix fut fait et était en cours d’exécution. D’où la colère des élus fagniérots en conseil communautaire et leur décision de claquer la porte dudit conseil et de ne pas organiser le prochain scrutin des élections européennes.

D’où aussi cette question : y aurait-il eu exécution d’un énigmatique plan B, non écrit mais très concret, avec un B comme Biaux ? Pour incongrue qu’elle puisse paraître, la question mérite d’autant plus d’être posée qu’elle a sous-tendu et envenimé le débat du conseil communautaire. Ne faisait-on pas payer au maire de Fagnières de n’être pas UMP ? Serait-ce pour cela que les investissements communautaires sur Fagnières seraient plus longs à sortir de terre et plus aisément reportables, comme le rond-point attendu sur la route d’Epernay ?

Cette question fâcha beaucoup lors du conseil communautaire. Il est difficile ici de tirer la part du vrai de celle du faux, tant les arcanes politiciennes sont inextricables. Mais, ce qu’il y a de certain, c’est que pratiquement au même moment, un autre plan B tombait à l’eau. Le plan B comme Baty. L’intéressé, qui fut battu de 30 voix en mars 2008 par Alain Biaux lors des élections cantonales, comptait en effet sur les recours engagés par des citoyens fagniérots de ses amis pour faire invalider l’élection. Las ! Après le tribunal administratif l’an dernier, le Conseil d’Etat vient de débouter les intéressés.

Bref, même si jamais le principe d’un plan B ne fut décidé et qu’aucun plan secret du même nom ne fut exécuté, il n’en demeure pas moins une série d’interrogations. Qui a donné l’autorisation aux caravanes de s’installer sur un terrain privé ? Pourquoi la CAC est-elle intervenue sans réquisition préfectorale sur ce terrain ? Qui sont les responsables de cette situation ? Les responsables se déclareront-ils non coupables ? Quand, et c’est là l’essentiel, y aura-t-il enfin un plan B pour accueillir les grandes migrations passant par la Marne ?