09.05.2009
Puisque nous ne voterons pas ensemble…
Par Marie-Pierre BARRIERE
Le 7 juin prochain, les membres de l’association La Nouvelle Force comme de nombreux ( ?) citoyens français se rendront aux urnes pour élire leurs députés européens. Chacun votera selon son appartenance…
Cela ne nous empêche pas aujourd’hui 9 mai, puisque nous croyons tous qu’elle est un chemin incontournable, de souhaiter ensemble une bonne fête à l’Europe qui elle aussi se construit au creuset des différences.
L’Europe est en crise mais elle existe et elle existe bien plus en profondeur que ne le croient les délateurs de son fonctionnement et tous ces populistes qui tentent de nous faire croire que sa construction s’oppose au bien des Etats nations.
L’analyse des processus historiques de longue durée inscrit la construction européenne dans un horizon millénaire. Et si l’urgence de la paix s’est fait ressentir de façon plus nécessaire au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la communauté européenne s’est forgée dès le Moyen-Âge sur les chemins des armes, du commerce, des migrations, des déplacements des clercs, des chevaliers et même des brigands. Mais cette évolution n’a jamais suivi le modèle de l’Etat national et n’ayant pas aujourd’hui de peuple homogène, pas d’espace et d’opinion publics, l’Europe peine à convaincre les citoyens de sa réelle représentativité, d’autant plus qu’elle a contribué également à affaiblir l’importance de la souveraineté des Etats nationaux qui le lui rendent bien par la voix de certains hommes politiques l’accusant à qui mieux mieux des difficultés de la gestion nationale.
L’Europe est en marche sur la voix de la recherche de l’équilibre : entre l’intérêt européen commun et les stratégies nationales, entre l’assimilation culturelle et le multiculturalisme, entre la reconnaissance des acquis de la construction européenne et la lutte contre les insécurités qu’elle a suscitées…
Au coeur de ces épineuses questions, il faudrait pouvoir s'appuyer sur cette certitude: la société européenne existe. Les échanges débutés au Moyen-âge ont repris leurs cours, les hommes d’affaires, les étudiants, les parlementaires européens et leurs collaborateurs, les artisans contribuent à créer cette opinion publique européenne… et les migrations perturbent également la définition des identités nationales en voie de recomposition…
Les anciennes catégories ne peuvent plus s’appliquer au monde qui est en train de naître « fondé sur de nouvelles formes de coexistence sociale qui ne pourront plus être homogènes et qui produiront une grande variété de formes d’existence à la fois locales et transnationales »,(1) voilà pourquoi les discours sur l’Europe sont souvent si décevants eu égard à la réalité de l’Europe aujourd’hui, aux défis devant lesquels elle est placée et qui devraient élargir le champ de nos espoirs et de nos enthousiasmes. Comme en 1948 lorsque la guerre était devenue impensable pour Jean Monnet et Robert Schuman, nous sommes placés devant des défis sociaux, économiques et environnementaux incontournables et impensables en dehors d’une résolution collective. Comme le disait Jean Monnet le 12 mai 1954 : " Nous n’avons que le choix entre les changements dans lesquels nous serons entraînés et ceux que nous aurons su vouloir et accomplir. "
En tout état de fait, il paraît bien peu opportun de transposer dans la campagne que nous vivons aujourd’hui nos modes de fonctionnement partisans nationaux, autrement dit de vouloir « politiser » l’Europe en lui appliquant les clivages français, d’autant plus qu’ils révèlent leurs limites en matière de démocratie représentative… En effet, la question européenne dépasse de loin nos querelles nationales, elle nous invite à nous risquer dans la conception de nouveaux possibles, voilà pourquoi, elle sollicite de notre part une posture d’ouverture et de remise en cause. Robert Pitch dans la conclusion de l’ouvrage collectif Visions d’Europe, définit l’Europe comme « un processus continu d’apprentissage et d’éducation ». Qu’est-ce qu’apprendre sinon abandonner une vieille représentation pour en construire une nouvelle ? « Tout ce qui sert à promouvoir la compréhension mutuelle des européens et à une perception plus claire des interdépendances nationales est le meilleur investissement pour l’avenir commun. » (1)
Bonne fête à cette Europe en chantier et à tous les européens bâtisseurs qui pensent comme nous avec confiance que " Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et [que]a Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain. " Jean Monnet, Mémoires
(1) Perspectives: à la recherche de l'Europe réelle, Robert Pitch, in Visions d'Europe, Ed Odile Jacob, septembre 2007
23:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élections européenne








