18.02.2009

La politique africaine du président Sarkozy dénoncée par les femmes du Sud-Kivu

mathilde-muhindo.jpgPar Marie-Pierre BARRIERE


Un peu tardivement, je m’autorise à relayer une information qui nous a été transmise par M. J.P. Marchal, citoyen militant pour la paix à Châlons en Champagne. Il s'agit d'un communiqué publié le 20 janvier dernier par le CAUCUS des femmes du SUD-KIVU. Je voudrais expliquer  ce que j’ai compris des enjeux de ce communiqué  s’indignant contre la vision colonialiste (toujours la même !) du président Sarkozy qui entend sauver l’Afrique contre elle-même !… En espérant que les réactions et les compléments d'information afflueront sur le blog pour enrichir la réflexion...

1)    Qu’est-ce qu’un caucus ?


« Caucus est un mot employé dans le monde anglo-saxon, en Suisse et au Québec pour désigner des réunions de supporters ou de membres de partis ou de mouvement politiques. » (définition extraite de l’article Wikipédia) L’influence d’un caucus s’exerce de la même façon que celle d’un lobby.

2) Le caucus des femmes congolaise du Sud-Kivu pour la paix


Créé en 2004, il regroupe des femmes du mouvement associatif, des partis politiques, des médias, des institutions publiques, des professions libérales, des confessions religieuses…
Il s’agit d’un cadre de réflexion, d’échange et de concertation entre femmes qui s’est donné une quadruple mission :

1)    sortir les femmes membres des tendances politiques afin de parler le même langage de paix. Encourager l’implication et la participation des femmes dans le processus de paix et de démocratisation en République Démocratique du Congo.

2)    défendre et protéger les droits et initiatives des femmes


3)    promouvoir un leadership féminin


4)    informer et former les femmes  à la chose publique

3) Qui est la présidente de ce caucus ?


Mathilde Muhindo
(en photo) est déjà venue témoigner à Châlons dans le cadre de rencontres organisées par  Amnesty International, de la condition difficile dans laquelle sont placées les femmes congolaises. Elle a reçu en 2008 le prix Human Wright Watch pour son engagement militant et durable en faveur des femmes, premières victimes de la guerre au Congo, réduite au rang d’esclaves sexuels, violées (40 000 en 10 ans), exploitées sans oser porter plainte par peur des représailles.

Directrice du centre OLAME qui repère les femmes victimes, fait de la prévention après des hommes potentiels violeurs et promeut les droits et la formation des femmes, elle a intégré en 2003 le parlement transitoire de RDC en tant que membre de la société civile . Elle démissionnera deux ans plus tard, écoeurée par les manœuvres des députés, plus soucieux de se placer que de faire cesser les tueries au Congo.

Son engagement politique dépasse largement le cadre de la seule protection des femmes comme en témoignent les propos qui suivent et elle a reçu récemment des menaces de mort…

«  La deuxième guerre mondiale a duré 5 ans, on s’est assis autour d’une table et on y a mis un terme. En Afrique, ça continue. Pourquoi ? Tout le monde fait la guerre interposée chez nous, soutient telle ou telle milice pour mettre la main sur une mine, refourguer des armes ou des tenues de combat. Il faut arrêter cette guerre, ce n’est pas la nôtre. Que ceux qui ont des intérêts économiques les défendent proprement, sans passer par l’extermination d’une population. » (Propos recueillis par Caroline Stevan, parus le 8 décembre 2008 dans un article du Temps)

5)    L’article du Monde qui déclenche la colère des femmes du sud-Kivu


Dans le prolongement de cette position forte en faveur d’une autogestion africaine, les femmes du Sud- Kivu ont publié le 20 janvier 2009 un communiqué pour réagir aux propos de Nicolas Sarkozy rapportés par un article du Monde daté du 18 janvier. Lors de la cérémonie des vœux du corps diplomatique le 16 janvier, le président Sarkozy a en effet exposé des pistes de solution pour régler les conflits congolais, solutions qu’il entend promouvoir lors de sa prochaine tournée africaine en mars.
« L’Elysée qui s’est opposé ces derniers mois à l’envoi de troupes européennes d’interposition dans le nord Kivu veut promouvoir une nouvelle approche qui traiterait des problèmes de fond au cœur du conflit depuis des années. »

6)    Les critiques du communiqué


Au rang de ces problèmes de fond, trois points sont retenus par l’Elysée. Le caucus y répond méthodiquement.


a)    L’Elysée propose par l’intermédiaire d’une société mixte une exploitation commune par le Rwanda et la RDC des ressources minières congolaises qui sont au cœur du conflit.


Mentionnant les souffrances endurées par les populations congolaises à cause de la présence des réfugiés rwandais armés dont l’entrée a été facilitée par la communauté internationale, le communiqué précise de plus que « les ressources naturelles dont regorge la RDC ne peuvent en aucun cas constituer une opportunité ou du moins un moyen pour le président Sarkozy de réconcilier la France avec le Rwanda sous prétexte de vouloir ramener la paix dans le sud-Congo. » L’interrogation est posée de la reconnaissance des frontières africaines posées en 1885 par la conférence de Berlin ainsi que du statut précis de cette société mixte par action…
« Si M. Sarkozy prétend devenir le « sauveur » des congolais, nous l’invitons à s’adresser aussi bien aux multinationaux qu’aux Etats qui, intentionnellement alimentent la guerre en RDC en se procurant des minerais congolais qui leur sont vendus par le Rwanda. »

b)    L’Elysée reconnaît la question foncière comme au cœur des tensions communautaires.


« Quant à la question foncière qui se trouverait au cœur des tensiosn entre communautés selon le président Sarkozy, les femmes du Sud-Kivu voudraient attirer son attention sur le fait que le territoire congolais n’est pas à vendre, il appartient au seul peuple congolais et à ses dirigeants de traiter de telles questions. Pour information, il existe des textes légaux qui déterminent les modalités d’acquisition de terres en RDC »

c)    Il propose un travail sur les statuts pour les minorités au Congo.


« Cette question a été réglée par la constitution de février 2006 qui consacre l’accès au pouvoir par les élections. […]
De plus, le terme « minorités » est un concept hasardeux car il n’existe pas de majorité ni de minorité dans le contexte congolais, car notre pays regorge d’une mosaïque de communautés vivant en symbiose.
Par rapport à cette question, notre analyse nous amène à dire que le président Sarkozy a l’intention de cristalliser sinon d’exacerber une situation qui n’a jamais constitué un vrai problème pour les congolaises et congolais que nous sommes.
»


Et la conclusion tranche dans le vif comme un couperet l’arrogance française du trop célèbre hélas, tribun mal inspiré du discours de Dakar :


«  Nous prenons à témoin la communauté internationale vis-à-vis du projet Sarkozy qui a visiblement l’ambition de consacrer la balkanisation de notre pays en faisant fi de la souveraineté du peuple congolais et des souffrances endurées par celui-ci en général, et par les femmes, les filles et les enfants en particulier. »

20.01.2009

YES WE CAN!

obama2.jpgobama.jpgpar Alain GOZE

 

 

 

 

Yes we can, oui nous pouvons, ce slogan a fait le tour du monde depuis l’élection de Barack Obama aux Etats Unis.

Il a fait renaître l’espoir d’une nouvelle société américaine empreinte de justice sociale et de progrès où l’Humain devrait être le centre de gravité de toutes démarches sociétales.

Il a fait vibrer affectivement toutes les communautés humaines des exclus aux plus pauvres, des marginalisés aux rejetés mais également, des honnêtes gens aux salariés qui souffrent et n‘acceptent plus d’être gouvernés par les prédateurs financiers.

Ce slogan a résonné dans l’affect collectif car il émane d’un homme simple, perçu comme un homme vrai, sans fard ni paillette, qui invite au rêve passionnément mais avec raison sans fuir les réalités.

Un homme  en qui chacun peut se reconnaître, quelle que soit la couleur de sa peau !  

Yes we can et chez nous dans cette bonne terre de France comme disait autrefois nos aïeux ce slogan a aussi résonné très profondément et traversé toutes les couches sociales de notre société.

La résonance a été si forte qu’elle a contraint nos responsables politiques et le premier d’entre eux notamment le Président Sarkozy à courir dans tous les sens à la recherche de son écho….
Que d’éloges et de congratulations, de qualificatifs pompeux à l’égard d’un personnage qui fascine et que jalouse notre Président de la République :
« Fascination pour un jeune dirigeant qui en six ans a gravi tous les échelons de la politique américaine pour devenir l’homme le plus puissant du monde. Jalousie et agacement envers quelqu’un qui a fait plus fort que lui et qui lui a d’ores et déjà ravi la vedette. Dans le monde, Obama suscite un espoir quand Sarkozy soulève surtout de la curiosité à travers son épouse Carla, ses mauvaises manières ou son énergie à revendre….. Des millions d’Américains ont fêté son élection en novembre et se pressent aujourd’hui à Washington pour assister aux concerts de U2 ou Bruce Springsteen, puis vivre un moment historique avec son investiture. Un périple en train au parcours symbolique a conduit l’élu vers la capitale américaine. Sarkozy, lui, a fait du Fouquet’s, de la place de la Concorde où chantait Mireille Mathieu à ses côtés et de son expédition sur le yacht de Vincent Bolloré, les premiers symboles de son mandat. » (Antoine Guiral article de Libération du 20.01.09)
Mais que dire aussi de notre égérie de gauche Ségolène Royal qui se lâche « royalement » dans le journal le Monde aujourd’hui et qui n’hésite pas à dire :

« Oui, j'ai inspiré Obama et ses équipes nous ont copiés. Chez nous, ils ont enregistré les idées de gagnant-gagnant, de citoyen-expert ».

Mais pourquoi donc n’a-t-elle pas été élue ?

Barack Obama n’est pas l’homme de la providence universelle. Il est avant tout le Président des Etats Unis et face à l’urgence et à la complexité des dossiers qui l’attendent au plan national et au plan international il est évident qu’il donnera la priorité dans ses choix à son pays.

Alors nos responsables politiques seraient bien inspirés s’ils accordaient un peu plus de temps à la réalisation de leurs projets politiques qu’à leurs propres images médiatiques, à la résolution des problèmes du vivre ensemble dans le partage équitable de la richesse produite plutôt que dans la valorisation de leurs égos surdimensionnés et de leurs dividendes personnels.

Yes we can,…oui nous pouvons nous aussi ! Nous pouvons arrêter de nous faire manipuler comme des pantins au gré de la fantaisie des « Princes qui nous gouvernent » ; nous pouvons dire non à l’injustice et arrêter ce jeu de dupes qui se déroule devant nous.

Ce jeu malsain et malhonnête mené et animé par Nicolas Sarkozy qui continue à alimenter les banques françaises sans que « la délinquance  en col blanc » des responsables bancaires soient sanctionnée et « mise en examen ».

Nous pouvons faire beaucoup de choses ensemble, collectivement si nous acceptons réellement de partager, d’échanger, de tolérer l’autre différent de soi dans notre espace de vie républicain laïque et dans l’affirmation d’une citoyenneté européenne.

Yes we can, oui nous le pouvons mais est-ce que nous le voulons vraiment ? !

15.01.2009

Trop c'est trop!

israel 2.jpgpalestine.jpgpar Marie-Pierre BARRIERE et Alain GOZE

 

 

 

 

Trop, c'est trop!

C’est le cri des Palestiniens, c’est le cri des Israéliens, c’est le cri de tous ceux Humanistes, Hommes et Femmes de progrès qui se battent quotidiennement pour la Paix dans le monde !
Depuis trop longtemps la haine est le seul vecteur de communication entre ces deux peuples !
Aujourd’hui, l’un des deux subit une agression militaire inacceptable dont les images nous parviennent, un peu plus atroces, chaque jour.
Cependant méfions-nous de la politique de l’émotion, de la facilité de la manipulation par l’horrible !
Parmi nous, sur le sol français, des agitateurs s’emparent de la détresse et de la peur des autres pour forger des armes qui ont pour nom racisme, communautarisme, identitarisme. Nous n’en voulons pas ! Ne nous trompons pas, ne tombons pas dans le piège que certains nous tendent pour mieux instrumentaliser ce conflit qui sert leurs intérêts. Les palestiniens ne sont pas des jeunes de cité en recherche d’identité !
S’il est exclu de  cautionner les actes terroristes du Hamas, on ne peut pas non plus  confondre le Hamas et la Palestine. Il y a des raccourcis en politique internationale qui témoignent d’une singulière facilité à transiger avec les accords internationaux, les droits de l’homme et la diplomatie régulière. Israël aujourd’hui semble céder au raccourci ! Et, en écho de sourdine,  les tirs de roquettes du Hamas continuent, tirés du Liban…

Trop, c’est trop !
La guerre ne devrait pas durer affirment les analystes de géopolitique : des signaux devaient être donnés de part et d’autres et pas seulement à l’adversaire. La réalité de ces territoires est complexe et les enjeux du conflit dépassent les horizons de nos simples consciences de citoyens. Les intérêts sont partout, ici, là-bas, les aides financières lient la France et la communauté européenne aux deux parties… Martin Luther King disait en 1967 à propos de la guerre du Vietnam : « Quand les problèmes posés nous semblent aussi déconcertants qu’ils le sont dans cet épouvantable conflit, nous sommes toujours sur le point de nous laisser hypnotiser par l’incertitude. »
Mais en attendant…
Des années de sauts de puce en avant dans la recherche pour la construction de la paix, des années de tensions dans une haine aveugle et passionnelle qui détruisent ce que les hommes de bonne volonté construisent patiemment…

Trop, c’est trop !
Les blessures sont profondes de part et d’autres, les occulter, les comparer en terme d’intensité ne conduira qu’à perpétuer la haine de celui qui les a provoquées. Le chemin de la paix ce n’est pas l’évitement, ni concurrence, ni la surenchère, ni l’indifférence, ni la tranquillité coite.
Le chemin de la paix c’est le respect, la tolérance, la reconnaissance de l’autre différent de moi. Elle ne peut se réaliser que dans le calme avec des esprits assagis et non empreints de colère et de haine pour conduire à terme à la fraternité.
Aujourd’hui, nous savons que la paix entre Israël et la Palestine ne sera pas seulement l’affaire d’Israël et de la Palestine. La communauté internationale tout entière est liée à la résolution du conflit. La France, avec l’Europe et l’Europe avec les Etats-Unis, au-delà de leurs intérêts ou accointances, doivent œuvrer pour qu’une solution de paix durable soit trouvée dans la région. Cela passe par la création d’un véritable Etat Palestinien et la reconnaissance sans exclusive de l’Etat d’Israël.  

Pour conclure, citons encore Martin Luther King et son appel à une fraternité mondiale :
« Une authentique révolution des valeurs signifie en dernière analyse que nos allégeances doivent devenir oecuméniques et non plus sectorielles. Chaque nation doit désormais se sentir liée par-dessus tout à l’ensemble du genre humain pour préserver ce qu’elle a de meilleur dans sa société individuelle. »

et Léon Bourgeois (Prix Nobel de la Paix) qui déclarait en 1907 au Sénat après la seconde conférence de la paix de La Haye :  « Pour nous partisans résolus de l’arbitrage et de la paix, le désarmement est une conséquence et non pas une préparation. Pour que le désarmement soit possible, il faut tout d’abord que chacun sente que son droit est assuré. C’est la sécurité du droit qui, d’abord, doit être organisée. Derrière ce rempart, seulement, les nations pourront désarmer ».